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SUCCES STORIES

MolenGeek

MolenGeek se veut être un espace ouvert de collaboration pour les jeunes motivés de développer leur projet digital, qu’ils soient amateurs ou professionnels. Cet espace, situé à deux minutes de la place communale de Molenbeek-Saint-Jean, propose également des formations de codage aux jeunes demandeurs d’emploi et organise des hackathons, comme le #BrusselsTechCare, réalisé en partenariat avec le CIRB en avril 2017. Entre formation, coaching, co-working, les jeunes entrepreneurs y retrouvent les ingrédients de base pour se lancer ! Julie Foulon, co-fondatrice de MolenGeek, chroniqueuse pour L’Echo.be et fondatrice de Girleek.net, a accepté de répondre à nos questions…

MolenGeek, c’est à la fois une école de code, un espace de co-working, de coaching, un incubateur de startups. Quel était l’objectif de départ et comment êtes-vous arrivés à déployer autant de compétences dans cet espace ?

Julie Foulon : A la base, l’objectif d’Ibrahim Ouassari (ndlr : co-fondateur de MolenGeek) était d’organiser des événements de sensibilisation aux nouvelles techniques entrepreneuriales. En janvier 2016, je suis arrivée avec mes contacts et mes sponsors pour aider à l’organisation d’un évènement et j’ai dit à Ibrahim qu’il fallait qu’on ouvre un espace parce qu’organiser des évènements ponctuels n’était pas suffisant, surtout pour les jeunes. Nous avons donc ouvert cet espace en mars 2016.

En avril 2016, nous avons créé un hackathon autour des services d’urgence et puis nous avons commencé à réfléchir sur une coding school, puisqu’on s’est aperçu que les formations qualifiantes demandaient un prérequis académique. Il fallait que la nôtre n’en demande pas et qu’elle soit gratuite.

Le projet s’est formé avec des partenariats ?

J.F. : Tout à fait. Le partenariat se fait avec Bruxelles Formation, l’ULB, Google, Samsung et se concentre davantage sur les demandeurs d’emploi entre 18 et 25 ans. Ici, on arrive à cibler un public qui est déscolarisé et qui n’est inscrit nulle part.

Combien de personnes coordonnent le projet ? Comment s’organise la structure ?

J.F. : Nous sommes sept au total. Ibrahim et moi-même, les coachs de la coding school et d’autres personnes en interne, ainsi que des jeunes de la coding school qui nous aident à développer le projet. Le plus gros du travail se fait par Ibrahim Ouassari, Yassine Kharchaf, Khalid Dadi et moi-même. Personnellement, je m’occupe de l’organisation de tous les évènements et de l’administration. Avec Ibrahim, nous nous occupons aussi de la recherche de sponsors et de financement.

Vous avez un bureau ici, vous allez bientôt en avoir un aux Ecuries Van de Tram à Schaerbeek, financé par YouTube, pour développer un pôle audiovisuel. Comment le projet évolue-t-il ?

J.F. : A Schaerbeek, ce sera un MolenGeek avec un nom qui va toucher davantage la communauté locale mais ça restera « by MolenGeek ». La thématique sera différente : on va se tourner vers les new media, c’est-à-dire l’audiovisuel, la postproduction, la création de contenu, le copywriting etc. Ça restera ouvert aux jeunes et il y aura un espace de coworking, un espace de formation et un incubateur.

Quels sont vos autres projets pour les deux prochaines années ?

J.F. : Nous avons des vues sur la Wallonie, sur la Flandre, mais nous n’en sommes encore qu’au stade embryonnaire. Nous avons également un projet pilote à Padoue, en Italie, pour essayer de voir comment transmettre la méthodologie qu’on a créé ici.

Justement, vous avez participé à la « TechCrunch Disrupt SF » à San Francisco, vous avez été des invités privilégiés de Facebook à Menlo Park,… Quel a été le retour des entreprises présentes à ces évènements par rapport à votre projet ici ?

J.F. : Les gens sont hyper intéressés. La problématique liée à l’accès aux technologies est global… Tu t’aperçois que partout dans le monde, les jeunes, de manière générale, ont du mal à se projeter dans l’avenir ; que les clés de compréhension sont un peu floues. Il n’y a pas assez de développeurs dans un secteur qui est hyper porteur, il n’y a pas assez de jeunes qui vont dans ces filières-là, surtout des jeunes issus de l’immigration et encore moins de femmes. C’est une problématique générale de la société alors que le numérique est un vrai moteur de croissance et d’émancipation.

Le Vice-Premier Ministre et Ministre de la Coopération au développement, Alexander De Croo à New-York, avec l’énergique équipe de MolenGeek après leur présentation aux Nations unies.©INTERNATIONAL.BRUSSELS

Comment justement faites-vous pour attirer des femmes issues de l’immigration ? Viennent-elles d’elles-mêmes ?

J.F. : Il y a des femmes qui viennent mais on fonctionne aussi par croissance organique. Sarah, qui fait partie de MolemSisters, est ultra présente sur Snapchat, Facebook, sur son blog et dans certaines vidéos, elle va faire de la pub pour MolenGeek.Mais en général, c’est très difficile d’attirer les femmes. Sur les 60 inscriptions pour la formation de coding de la semaine passée, il y avait 10 inscrites à la séance d’information, 7 qui sont venues et lors de la session de test, il n’en restait plus qu’une.

On doit continuellement casser les stéréotypes sur le digital et montrer que les nouvelles technologies s’appliquent partout. Il y a beaucoup de femmes entrepreneuses dans la commune qui pourraient se lancer.

D’après-vous, qu’est ce qui fait votre force ? Comment mesurez-vous la force de votre succès ?

J.F. : Dans un premier temps, pour les coding schools, nous regardons tout ce que les étudiants acquièrent comme compétences techniques ou comme soft skills.

Puis on observe ce qu’ils font après avec leur bagage : trouvent-ils un job ? Montent-ils leur propre boîte ou font-ils un stage dans une boîte ? Les entreprises sont assez proactives et viennent demander des stagiaires mais il y existe encore une discrimination envers les femmes voilées. Elles ont beau être les meilleures de leurs promotions, elles continuent à être recalées lors des entretiens. C’est pour ça que l’entreprenariat a plus de succès puisque ça leur permet de contrôler un peu plus leur avenir.

Est-ce qu’il y a justement, des cours d’entreprenariat qui permettent aux jeunes d’avoir une réflexion plus globale autour de leur idée créative ?

J.F. : C’est le fameux incubateur qui avait commencé au mois de novembre mais qui est en standby pour l’instant. Nous sommes en train de le consolider avec Solvay Entrepreneur. C’est important de faire des partenariats solides comme celui-là puisqu’ils permettent de donner plus de crédibilité aux projets.

©MOLENGEEK

De quoi ont besoin les start-up bruxelloises aujourd’hui ?

J.F. : En fonction de ton secteur socio-économique, tu auras besoin de plus ou moins d’aides financières. Quand tu viens d’une chouette famille du Brabant Wallon, tu vas réussir à lever une centaine de milliers d’euros grâce à tes 3F (Familly, Friends & Fool) mais quand tu vis ici à Molenbeek, par exemple, c’est plus compliqué et tu auras besoin d’aides financières autres que celles provenant de ton entourage.

D’un autre côté, je trouve aussi que dans le secteur de l’accompagnement, beaucoup de gens se perdent dans ce qui est proposé.

Comment diriez-vous que Bruxelles se positionne comme ecosystème pour startups ? Est-ce que c’est intéressant de créer une startup à Bruxelles et pourquoi ?

J.F. : Oui, on est au cœur de l’Europe, l’immobilier n’est pas cher, on est près des autres grandes villes européennes. Il y a aussi un côté international et les sièges sociaux des grandes entreprises se trouvent à Bruxelles.

Quels conseils donneriez-vous à des entrepreneurs qui voudraient se lancer dans le secteur du numérique ?

J.F. : C’est vraiment difficile quand tu commences, tu te sens très seul. Il ne faut pas rester seul et il faut vraiment tenter de rejoindre une structure accompagnante, comme un espace de co-working ou un incubateur pour rencontrer du monde, challenger ton projet, ton idée. Il faut aussi savoir faire le tri dans ce que ton entourage va te dire parce qu’il y a beaucoup de gens qui peuvent détruire ta motivation. Ce qui est intéressant ici, ce sont les partenariats qui se forment entre les jeunes et c’est ce qu’on les encourage à faire. Par exemple, Tawfik El Ouazzani et Isamël Mahaj pensent monter une agence Web. Mais quand l’idée aura encore muri, ils auront peut-être une idée business encore plus innovante.

Auteure: Narjiss Rachiq

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